
M. Wajs est accompagné de sa fille car sa vue décline depuis plusieurs années. Malgré son âge avancé, M. Wajs est toujours aussi érudit et professionnel, fixant l'intervieweur d'un regard glacial, impatient d'entamer les formalités. Dès que notre conversation commence, il se détend et, pendant les trois heures qui suivent, se souvient avec une aisance impressionnante de détails. Voici quelques extraits de notre conversation…
AW : « Notre aventure commence en 1956 à Zurich, lorsque mon ami Joseph Ollech et moi-même décidons d’ouvrir une nouvelle boutique de montres, Ollech & Wajs Zürich, ou OWZ. Nous vendions les marques Omega et Breitling. Peu après, notre passion et notre ténacité nous poussent à fabriquer nos propres montres en achetant les composants pièce par pièce. Puis, en 1964, nous lançons la production de montres de qualité militaire, suite à la suggestion d’un jeune soldat américain. Ce dernier nous conseilla de concevoir une montre robuste, étanche, précise et fiable, capable de remplacer la montre Hamilton classique et de devenir l’accessoire indispensable des soldats de l’armée américaine. Au départ, nous ciblions cette production sur les GI américains, qui allaient devenir nos clients les plus fidèles dès 1965. »
AW : « Nous achetions des boîtiers très robustes chez Maison Bouille, devenue par la suite Étienne. Les cadrans provenaient de Frères Lender du Locle, les aiguilles d’Universo à La Chaux-de-Fonds, et les calibres de chronographes automatiques de Maison Dubois Dépraz, fournisseur de Patek Philippe. Nous travaillions également beaucoup avec les mouvements Valjoux 72B, utilisés à l’époque dans la Rolex Daytona. Au début, nous assurions nous-mêmes l’assemblage dans notre atelier de Zurich. Nous avons immédiatement rencontré un vif succès auprès de l’armée américaine, avant, pendant et même après la guerre du Vietnam. Nos montres étaient vendues dans les boutiques des bataillons américains du monde entier. »
AW : « Nous produisions entre 8 000 et 10 000 pièces par an. Nous vendions également des montres OW aux forces françaises, notamment aux pilotes de l’Armée de l’air. »
AW : « Après la guerre du Vietnam, nous avons constaté une baisse significative de la demande. Nous nous sommes adaptés et avons lancé d’autres modèles, et avons racheté les stocks et l’outillage de la marque Breitling pour la montre d’aviateur Navitimer, modèle phare de la marque. Note de l’auteur : lors de la liquidation de Breitling en 1978, Ollech & Wajs, Sinn et Patek Philippe ont acquis l’outillage et les stocks. »
AW : « Nous avons été parmi les premiers à commercialiser une montre de plongée testée à une profondeur de 1 000 mètres, avec une lunette tournante graduée permettant de calculer le temps de décompression des plongeurs, ce qui, pour l’époque, constituait une prouesse technologique. »
AW : « En effet, des soldats américains, voire des régiments entiers, commandaient régulièrement des centaines de chronographes OW. Ils ont témoigné de leur gratitude dans de nombreuses lettres au fil des ans. Oui, des responsables de la NASA, dont M. Von Braun, portaient effectivement une montre OW. »
AW : « J’étais convaincu qu’il existait encore un marché pour les montres mécaniques de qualité. J’ai donc progressivement introduit une nouvelle gamme de montres, notamment les modèles phares OW Mirage, équipés des calibres Valjoux 7750 et 7753. Ma vue déclinant, j’ai finalement pris la décision de mettre mon entreprise en vente en 2016. »